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#32 - Pourquoi tombons-nous ? - partie 2

#32 - Pourquoi tombons-nous ? - partie 2

Nicolas Jouanno
Par Nicolas Jouanno,
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Bonjour,

Si tu fais partie de ceux qui sont restés sur leur fin à la lecture de la première partie de cette story bonne lecture. bonne lecture. Sinon bon rattrapage et bonne lecture !

Malgré tout le monde qui m’entourait, je ne me suis jamais senti aussi seul. Il n’y a rien de pire que d’être dans l’attente. L’attente d’une expression sur un visage, l’attente d’une parole, l’attente d’un avis médical. Encore sonné par le choc et shooté par les antidouleurs, je me repose pendant que les infirmiers panses mes plais. Sur la hanche, les bras, les mains et le visage… la liste s’allonge à chaque moment de lucidité. Quelques minutes plus tard, je pars avec le brancardier à la découverte des couloirs de l’hôpital, quittant les urgences pour réaliser quelques examens. Les médecins veulent en savoir plus sur ce qui se passe dans mon corps et moi aussi. Je veux aussi comprendre d’où viennent ces douleurs et savoir quand je pourrais remonter sur un vélo.

Visiblement, je ne retrouverais pas ma chambre d’hôtel ce soir. Suite aux radios et à l’IRM, le corps médical était à la cherche une chambre pour que j’y passe, au moins, la nuit. Je devais rester en observation du fait du trauma crâniens diagnostiqué. C’est à partir de cet instant, bien qu’étant toujours dans le brouillard, que je commençais à y voir plus clair sur la situation. Comprendre comment les choses vont s’organiser. Savoir ce qui va se passer. Mais finissons l’inventaire des « bobos », le médecin me dit, avec le sourire, que ma clavicule gauche était cassée, mais aussi que mon pouce droit l’était tout autant. Ils ont aussi relevé une fissure sur un os de la mâchoire. S’il n’y a rien d’envisageable pour la fissure de la mâchoire, qualifiée de bénigne, l’état de ma clavicule aura donné lieu à un débat plus long, entre le médecin urgentiste et le médecin de l’équipe. Le médecin de l’équipe, qui en même temps, fait jouer ces relations sur le continent pour trouver un chirurgien qui peut m’opérer « rapidement » de mon pouce définitivement en miette.

Les heures défilent. Le repas, m’est apporté après délibération de l’équipe médicale. Et j’avais faim. Cela faisait plus de dix heures que je n’avais rien mangé d’autre qu’une patte de fruit, durant la centaine de kilomètres de l’étape parcourant l’ile de beauté à vélo. Pour rassurer ma famille informée de l’accident, le manager de l’équipe me prend en photo tout sourire, avant d’envoyer le MMS. Ce n’est que quelques minutes après avoir vu cette photo que je me demande si elle était vraiment une bonne idée… Ne serait-ce qu’à cause de mon visage. Il était partiellement couvert de pansements et les yeux marqués par les coquards. Il était quand même sacrément dur ce mur ! Maintenant, je dois me reposer. Demain, je devrais rentrer seul sur le continent pour continuer mes soins.

Je quitte donc ma chambre d’hôpital dans la matinée, après les derniers soins, mais aussi surtout après une bonne dose d’antidouleur pour tenir tout le périple qui m’attendait. Je n’oublie pas de remercier l’équipe médicale qui m’a bien bichonné. Mon retour commence donc en taxi, direction l’aéroport de Porto Vecchio avec une étape à l’hôtel de l’équipe pour récupérer les affaires restées dans ma chambre. C’est dans l’aéroport, que je prends la mesure de l’aventure qui m’attend. Se déplacer avec les deux bras immobilisés, un sac à dos et une valise ne sera pas une partie de plaisir. Je changerais d’avion à Marseille, avant d’atterrir à Nantes, certainement le vol le plus dur de ma vie. Les effets des médicaments s’estompaient. L’espace manquait pour mes bras en écharpes. La détresse de ne même pas pouvoir ranger moi-même mon sac en cabine. S’en suit une heure et demi de taxi, avec un chauffeur super gentil, avant d’arriver devant les portes de la clinique Saint Grégoire, vers dix-huit heures, où j’étais attendu. Un long périple qui se termine avec encore un peu de paperasse.

C’est dans cette nouvelle chambre d’hôpital que je passerais les deux prochains jours. Je rencontre donc deux chirurgiens qui confirment les diagnostiques posés par les urgentistes corse pour mon pouce et ma clavicule. Ils m’ont aussi confirmés que je ne serais opérer que du pouce. Sportivement, il faut se rendre à l’évidence, avec la clavicule gauche immobilisée dans une écharpe et le pouce de la main droite broché, comment je pourrais seulement tenir un guidon d’ici la fin du prochain mois? Pourquoi un mois? Parce que c’est le temps pendant lequel je vais devoir garder les broches. Je garde quand même l’espoir de faire de l’home-trainer avant, à l’image de mes collègues et confrères qui ont connu des coupures forcées. Un mois, c’est déjà une éternité pour un sportif amateur. Déjà qu’à l’inter-saison, on ne s’autorise qu’une quinze jours de repos avant de remettre la machine en route progressivement, pour redevenir compétitif dans un mois et demi. Le calcul du retour à la compétition était ainsi fait, je devrai prendre mon mal en patience et attendre deux mois.

Nous sommes alors fin mars et je comprends que je ne remettrais pas un dossard avant fin mai. De leur côté les spécialistes de la santé me disent qu’il faudra à mon organisme un an pour se remettre de toute cette casse. Je n’ai jamais connu de coupure en pleine saison encore moins de blessure alors finalement c’est avec un peu d’optimisme et de crédulité que j’évalue la situation. Après tout, pourquoi ne pas l’être? Booster les premiers jours par les messages de soutien disant « tu reviendras plus fort ». Pourquoi se prendre la tête? Alors que son contrat ne sera renégocié que dans cinq mois. Pourquoi douter que tout ira bien? Quand on connait les histoires de ceux qui ont rebondi. Pourquoi penser que ce sera dur? Alors que tant de personnes envies ton statut et pense que tu n’as que ça à faire de ta vie à cet instant? Le sport étant mon métier je me devais de gérer la situation de façon professionnelle. Comment? Je serai le seul à répondre à cette question.

ps: La photo de cet article est un clein d’oeil à la saga de Batman de Christopher Nolan. Vous n’avez pas cru que je vous choquerais avec ma photo dans cette chambre d’hopital ?

Bonne route !

- Nicolas